Dans mes rêves, la neige fondait aujourd'hui, j'avais le coeur léger, je promenais mon chien qui me suivait au pas et j'étrennais un trench très beau qui m'allait à merveille.
La réalité fût autrement.
Et oui, j'avais le vague à l'âme, le soleil réchauffait la neige sur les trottoirs et la slush mouillait mes bottes, blanchies par le calcium, mangées par l'hiver. J'avais foutrement froid aux pieds et le mal me montait dans les jambes, plein cap sur mon urètre. Fin févier, damné temps pour choper une infection urinaire.
Comme chaque année, j'achèterai du jus de canneberges et me frictionnerai le bas ventre au Maria Treben. Je disais, donc, qu'aujourd'hui n'était pas un jour facile et que mon gros chien bleu m'arrachait littéralement le bras à force de vouloir nager dans les bancs de neige hauts comme les maisons. Les mêmes chansons jouaient trop fort dans mes oreilles, je regardait mes 75 livres de muscles se démener dans la neige comme si sa vie en dépendait et je songeais à quel point j'aime ce cabot. Oui, bon, mon chien être peut-être indiscipliné (à peine), mais je l'aime plus que beaucoup d'autres êtres humains qui existent sur la Terre. Et là, j'ai eu une révélation assez déterminante pour ma quête de la découverte de moi-même. J'aime pas le monde. Le monde comme dans les gens. Je suis sauvage.
C'est sur cette lancée que je décide d'aller voir un film à 4 heures de l'après-midi, toute seule, un lundi où il fait beau.
Dans la salle presque vide, je suis assise le plus loin possible d'un couple de jeunes adolescents, j'ai les yeux rivés sur l'écran et j'oublie de boire ma liqueur à 5 piastres.
C'est moi, la fille à l'écran. C'est moi comme j'ai toujours voulu le cacher. C'est moi, en pire probablement, mais c'est moi quand même et je me vois, là, devant mes yeux et ceux des
teenagers présents, à brailler la solitude, à me détruire pour oublier combien c'est vide, la solitude. Je pleure tellement dans mon siège, on croirait entendre un porc agonisant.
Puis le générique, je reste là à fixer devant moi. Mais c'est quoi ce bordel? Ce matin même je haïssais les gens et maintenant, me voilà à chialer sur mon abandon.
Sur le chemin du retour, j'arrête à la bibliothèque, sans savoir pourquoi.
Je monte les escaliers et le bruit de la fontaine monte en moi comme la main d'un ami qui t'aide à pleurer sur son épaule.
Je marche lourdement dans les allées et je caresse du bout des doigts les livres qui reposent sur les tablettes. Je me sens bien, mais l'eau ruisselle sur mon visage et je sanglote comme une fillette, incapable de m'arrêter.
Je suis restée là un bon moment, je me suis installée par terre et j'ai bouquiné un peu, mais j'ai rien lu.
En rentrant, plus tard, j'ai retrouvé mon bon vieux chien bleu, endormi sur le divan.
J'ai laissé tomber mon imper troué sur le sol, je me suis blottie contre son flanc chaud et je lui ai dit qu'au fond, peut-être que c'est vrai que je déteste les gens.
«Mais je ne suis pas vraiment seule, il y a toi.»