Ouais, c'est avec beaucoup d'émotions et de colère enfouie au creux de mes entrailles que je lève mon doigt à cette année de misère.
On est jeunes, et tout va bien. On se la saoule gaiement entre potes, on s'allume des cigarettes sans tousser le lendemain. Les nuits sont belles, les gens sont beaux dans ce bar du vieux port. Ça rigole, ça sniffe, ça parle fort pour montrer au monde entier que nos vies scintillent.
On n'est pas ce qu'on ne veut pas être. Non, tout ce que nous nous étions juré de ne pas devenir, maudissant nos mères et nos pères, nous ne le sommes pas.
Croyez nous bien, n'avez qu'à jeter un coup d'oeil à nos bouches. Elles s'allongent de chaque côtés de nos faces hypocrites.
*
Nus pieds sur les planchers frettes de nos appartements de fortune, on se retrouve plus ou moins seuls, avalant de grandes gorgées de jus, à même la pinte.
Retenant tant bien que mal les sanglots formés aux profondeurs.
Plissons les yeux, camarades.
Mentons en choeur.
*
À nos crayons, voici venu le temps des résolutions.
Pour 2008, je m'en remet au ciel. Qu'il me garde. (et vous aussi)
Putain.
lundi 31 décembre 2007
mardi 25 décembre 2007
X.mas time.
J'ai préparé avec amour, un repas comme nous n'en avions jamais mangé.
Il m'aura fallu 2 jours aux fourneaux.
Pour bien m'étourdir, j'ai bu des shooters de rhum, du vin et du gin.
Hier, je n'ai pas eu besoin d'avaler une capsule orange. Je m'en était mise une à côté de mon oreiller, pour être sûre.
Mais je me suis endormie sur le divan.
Ce matin, j'ai un mal de crâne horrible et pas une cenne dans mes poches.
Mais tout de même, je tenais à vous en souhaiter une bonne.
Joyeux Noël.
Il m'aura fallu 2 jours aux fourneaux.
Pour bien m'étourdir, j'ai bu des shooters de rhum, du vin et du gin.
Hier, je n'ai pas eu besoin d'avaler une capsule orange. Je m'en était mise une à côté de mon oreiller, pour être sûre.
Mais je me suis endormie sur le divan.
Ce matin, j'ai un mal de crâne horrible et pas une cenne dans mes poches.
Mais tout de même, je tenais à vous en souhaiter une bonne.
Joyeux Noël.
lundi 17 décembre 2007
yeule wide shut.
Vous savez, les copains, je suis pas le type de fille de qui on dit: « Qu'elle est gentille! » dans un élan d'affection.
Non, plutôt, les gens apprennent à me connaître, puis, m'aiment bien (en général).
Ou encore, finissent par me détester (exceptionnellement).
C'est que, dans ma criss de vie, il n'existe aucun juste milieu.
Même à la petite école, je n'ai jamais pigé les concepts de moyennes, de médianes ou de quelque points proche du milieu d'une ligne.
Vous connaissez certainement l'une de ces filles, qui portent une attention particulière à tout ce qu'elles entreprennent, se souciant minutieusement de tous les détails.
Niet, pas moi.
Ni plus, celles qui se balancent de tout en allant de leur hygiène corporelle jusqu'aux mecs qu'elles baisent.
Je ne bois pas de ce thé là.
Mais encore et allez donc savoir pourquoi, avec moi, c'est tout ou rien.
On m'a souvent qualifiée de 'passionnée'. J'ai longtemps cru qu'à ce terme, on encensait mon caractère vif.
BIIIIIIIIIIIIP
On tirait sur ma grand yeule.
II est vrai que de dire tout ce qui vous passe par la tête, a du bon (très peu).
Mais de le dire sans aucune retenue, même si on a l'impression qu'on en a une, est étrangement nuisible pour la tendresse des autres envers soi.
*
Fait que, morale de cette histoire: faudrait que j'apprenne à me la tenir fermée.
Non, plutôt, les gens apprennent à me connaître, puis, m'aiment bien (en général).
Ou encore, finissent par me détester (exceptionnellement).
C'est que, dans ma criss de vie, il n'existe aucun juste milieu.
Même à la petite école, je n'ai jamais pigé les concepts de moyennes, de médianes ou de quelque points proche du milieu d'une ligne.
Vous connaissez certainement l'une de ces filles, qui portent une attention particulière à tout ce qu'elles entreprennent, se souciant minutieusement de tous les détails.
Niet, pas moi.
Ni plus, celles qui se balancent de tout en allant de leur hygiène corporelle jusqu'aux mecs qu'elles baisent.
Je ne bois pas de ce thé là.
Mais encore et allez donc savoir pourquoi, avec moi, c'est tout ou rien.
On m'a souvent qualifiée de 'passionnée'. J'ai longtemps cru qu'à ce terme, on encensait mon caractère vif.
BIIIIIIIIIIIIP
On tirait sur ma grand yeule.
II est vrai que de dire tout ce qui vous passe par la tête, a du bon (très peu).
Mais de le dire sans aucune retenue, même si on a l'impression qu'on en a une, est étrangement nuisible pour la tendresse des autres envers soi.
*
Fait que, morale de cette histoire: faudrait que j'apprenne à me la tenir fermée.
Libellés :
chut.
mercredi 12 décembre 2007
Chevalier Grunge
Depuis tellement longtemps, il me semblait même que d’aussi loin d’où je pouvais me rappeler, j’avais été secrètement amoureuse de lui. Enfin, plus ou moins secrètement… Si je me fis à toutes ces cachotteries que je faisais de manière assez peu subtile, je dois me faire à l’évidence qu’il l’a su pendant tout ce temps.
Mes cahiers entièrement gribouillés de son nom.
Mes mains tremblant le moins discrètement du monde dès qu’il me lançait bêtement une parole ou qu’il m’atteignait violemment au ballon chasseur. Dans ce cas, la joie qu’il m’ait visée moi plutôt qu’un autre était intensément plus grande que la douleur de la friction entre le plastique du ballon et mon flanc.
J’allais, les yeux remplis d’eau, quittant le terrain avec fierté d’avoir été volontairement la cible de Pierrot.
Justement dans ces sports où il excellait, il me semblait doublement grandiose. Comme si un équipement quelconque pouvait le rendre invincible, il avançait d’un pas de course solide pour se mettre en face du danger.
Face à face avec l’ennemi.
Une chose est sûre, c’est que dans son short de soccer vert forêt, ses jambes avaient une force puissante.
Et puis. l’attitude du jeune garçon qui en sait plus que les autres. Ses répliques, fracassantes de spontanéité me laissaient toujours bouche bée.
Elles avaient un impact éblouissant sur les personnes à qui elles se destinaient. Une réaction envers lui… Tous ceux qu’il entretenait ne restaient pas neutres.
Et cela ne pouvait pas me sortir de la tête...
Comment est ce qu’on pouvait être aussi magnétique? Comment est ce qu’on pouvait remuer les gens de l’intérieur avec des mots?
Ses colères étaient reconnues.
Pour l’avoir vu s’énerver, puis jeter son sac à dos en sortant de l’école, ruer un camarade de classe d’une cascade de ses légendaires coups de poing…
Je dois dire qu’il valait mieux l’avoir dans son cercle de potes.
Néanmoins, je pouvais ressentir l’excitation qui l’animait lorsque j’étais témoin de ses éclairs d’humeur. Je restais plantée là, un sourire niais accroché au visage, j’admirais chaque déplacement physique de son entité corporelle dans l’air ambiant. Je le voyais agir et j’en ressentais une fierté que je ne comprenais pas exactement. Je le voyais tellement attirant, je le trouvais si beau quand, l’air de rien, il mettait le vieux t-shirt de son grand frère.
Un grand t-shirt gris chiné défriché, assez pour vouloir dormir dedans…
Et le comble de la séduction, il affichait l’image de Kurt Cobain étant enfant avec l’année de sa naissance suivi de celle de son décès.
Un mystère ténébreux de 12 ans. Mon chevalier grunge.
Puis, vint le soir où, après le souper, j’ouvrai mon agenda.
Une page de cahier arrachée, délicatement pliée.
Mon nom, inscrit en plomb.
Mon cœur s’arrête de battre… Je trouve la force d’ouvrir ce papier qui, sans l’ombre d’un doute, m’était destiné.
D’une main d’écriture droite, je pouvais percevoir qu’une force légère mais ferme avait été exercée sur le crayon qui avait servi à former ces mots.
J’en déduisis sur le champ que le geste avait été posé avec confiance.
Même son écriture me sciait les jambes en deux.
Sa lettre, me proposant gentiment d’être sa douce, me confiant sans la moindre hésitation de l’émotion qu’il ressentait à l’abdomen lorsque je daignais poser mes yeux sur lui.
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
*
Après avoir passé la matinée à ignorer sa présence en classe, la récréation était inévitable. Au son de la cloche, la frénésie de mes compagnons me rendit timide.
Et comme il n’en n’était jamais le cas, je fût la dernière à sortir de la classe, je pris un temps fou à mettre mon manteau de laine et à enfiler mes bottes de caoutchouc.
Je poussai la porte de métal et, devant moi, des dizaines d’enfants me fixaient. J’ai cru perdre conscience tellement mon cœur irriguait mon sang rapidement à travers mon corps.
*
Pierrot me regardait en souriant.
J’ai fait le signe d’un «oui» saccadé.
*
En s’avançant vers moi, je l’ai vu lécher ses lèvres…
Je devins molle et me sentis soudainement devenir petite.
C’est ainsi, qu’avec aucune délicatesse, Pierrot me plaqua contre le mur de brique sale de l’école.
Il écrasa son ventre contre le mien et aplatit sa bouche contre la mienne.
Ma mâchoire était crispée, je fermai les yeux.
Il enfonça sa langue gluante dans ma bouche en heurtant mes dents.
Me serrai les yeux encore plus fort.
En agitant par mouvements circulaires sa grosse langue entre mes joues, Pierrot perdait de son charme.
Il finit par me lâcher comme un aigle largue sa proie déchiquetée au dessus du lac.
Ce qui venait de se passer laissa une fébrilité chez mes amis pour tout le reste de la journée…
Et moi, désillusionnée pour bien plus longtemps.
Mes cahiers entièrement gribouillés de son nom.
Mes mains tremblant le moins discrètement du monde dès qu’il me lançait bêtement une parole ou qu’il m’atteignait violemment au ballon chasseur. Dans ce cas, la joie qu’il m’ait visée moi plutôt qu’un autre était intensément plus grande que la douleur de la friction entre le plastique du ballon et mon flanc.
J’allais, les yeux remplis d’eau, quittant le terrain avec fierté d’avoir été volontairement la cible de Pierrot.
Justement dans ces sports où il excellait, il me semblait doublement grandiose. Comme si un équipement quelconque pouvait le rendre invincible, il avançait d’un pas de course solide pour se mettre en face du danger.
Face à face avec l’ennemi.
Une chose est sûre, c’est que dans son short de soccer vert forêt, ses jambes avaient une force puissante.
Et puis. l’attitude du jeune garçon qui en sait plus que les autres. Ses répliques, fracassantes de spontanéité me laissaient toujours bouche bée.
Elles avaient un impact éblouissant sur les personnes à qui elles se destinaient. Une réaction envers lui… Tous ceux qu’il entretenait ne restaient pas neutres.
Et cela ne pouvait pas me sortir de la tête...
Comment est ce qu’on pouvait être aussi magnétique? Comment est ce qu’on pouvait remuer les gens de l’intérieur avec des mots?
Ses colères étaient reconnues.
Pour l’avoir vu s’énerver, puis jeter son sac à dos en sortant de l’école, ruer un camarade de classe d’une cascade de ses légendaires coups de poing…
Je dois dire qu’il valait mieux l’avoir dans son cercle de potes.
Néanmoins, je pouvais ressentir l’excitation qui l’animait lorsque j’étais témoin de ses éclairs d’humeur. Je restais plantée là, un sourire niais accroché au visage, j’admirais chaque déplacement physique de son entité corporelle dans l’air ambiant. Je le voyais agir et j’en ressentais une fierté que je ne comprenais pas exactement. Je le voyais tellement attirant, je le trouvais si beau quand, l’air de rien, il mettait le vieux t-shirt de son grand frère.
Un grand t-shirt gris chiné défriché, assez pour vouloir dormir dedans…
Et le comble de la séduction, il affichait l’image de Kurt Cobain étant enfant avec l’année de sa naissance suivi de celle de son décès.
Un mystère ténébreux de 12 ans. Mon chevalier grunge.
Puis, vint le soir où, après le souper, j’ouvrai mon agenda.
Une page de cahier arrachée, délicatement pliée.
Mon nom, inscrit en plomb.
Mon cœur s’arrête de battre… Je trouve la force d’ouvrir ce papier qui, sans l’ombre d’un doute, m’était destiné.
D’une main d’écriture droite, je pouvais percevoir qu’une force légère mais ferme avait été exercée sur le crayon qui avait servi à former ces mots.
J’en déduisis sur le champ que le geste avait été posé avec confiance.
Même son écriture me sciait les jambes en deux.
Sa lettre, me proposant gentiment d’être sa douce, me confiant sans la moindre hésitation de l’émotion qu’il ressentait à l’abdomen lorsque je daignais poser mes yeux sur lui.
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
*
Après avoir passé la matinée à ignorer sa présence en classe, la récréation était inévitable. Au son de la cloche, la frénésie de mes compagnons me rendit timide.
Et comme il n’en n’était jamais le cas, je fût la dernière à sortir de la classe, je pris un temps fou à mettre mon manteau de laine et à enfiler mes bottes de caoutchouc.
Je poussai la porte de métal et, devant moi, des dizaines d’enfants me fixaient. J’ai cru perdre conscience tellement mon cœur irriguait mon sang rapidement à travers mon corps.
*
Pierrot me regardait en souriant.
J’ai fait le signe d’un «oui» saccadé.
*
En s’avançant vers moi, je l’ai vu lécher ses lèvres…
Je devins molle et me sentis soudainement devenir petite.
C’est ainsi, qu’avec aucune délicatesse, Pierrot me plaqua contre le mur de brique sale de l’école.
Il écrasa son ventre contre le mien et aplatit sa bouche contre la mienne.
Ma mâchoire était crispée, je fermai les yeux.
Il enfonça sa langue gluante dans ma bouche en heurtant mes dents.
Me serrai les yeux encore plus fort.
En agitant par mouvements circulaires sa grosse langue entre mes joues, Pierrot perdait de son charme.
Il finit par me lâcher comme un aigle largue sa proie déchiquetée au dessus du lac.
Ce qui venait de se passer laissa une fébrilité chez mes amis pour tout le reste de la journée…
Et moi, désillusionnée pour bien plus longtemps.
mardi 11 décembre 2007
cold is where I'd like to go.
Ça chauffe, ça brûle.
Ça fait mal là, dans mon ventre.
Mes entrailles me tiraillent.
Comme s'il y avait une guerre à l'intérieur.
Les oiseaux se sont envolés. Surtout les plus jolis.
Ne reste que des cris d'enfants effrayés. Je les entend en sourdine.
Et m'imagine la terreur dans leurs yeux.
Dehors, il y a des traces de sang sur la neige de décembre.
C'est beau, du rouge sur du blanc.
Je ne peux m'empêcher de répéter 'rouge sur blanc, tout fout l'camp'.
Je souffre tant, que saigner me ferait le plus grand bien.
Évidemment, le sang devant ma porte d'entrée n'est pas le mien.
Il appartient à l'amour blessé.
*
J'ai fait une boule de neige rouge.
Je l'ai placée dans mon congélateur.
Si l'amour revient, il pourra toujours la manger.
Ça fait mal là, dans mon ventre.
Mes entrailles me tiraillent.
Comme s'il y avait une guerre à l'intérieur.
Les oiseaux se sont envolés. Surtout les plus jolis.
Ne reste que des cris d'enfants effrayés. Je les entend en sourdine.
Et m'imagine la terreur dans leurs yeux.
Dehors, il y a des traces de sang sur la neige de décembre.
C'est beau, du rouge sur du blanc.
Je ne peux m'empêcher de répéter 'rouge sur blanc, tout fout l'camp'.
Je souffre tant, que saigner me ferait le plus grand bien.
Évidemment, le sang devant ma porte d'entrée n'est pas le mien.
Il appartient à l'amour blessé.
*
J'ai fait une boule de neige rouge.
Je l'ai placée dans mon congélateur.
Si l'amour revient, il pourra toujours la manger.
samedi 8 décembre 2007
kind of a bitch.
Les choses n'ont pas l'air d'avoir envie de s'arranger, aujourd'hui.
T'sais une genre de journée où tu fumerais un 3.5
T'as même pas l'temps d'fumer, pis tu l'sais que ça va pas se placer de sitôt.
Tu l'sais aussi, que c'est de ta faute si dormir cette nuit n'est pas une option.
Tu check ton agenda pis t'es settée aux 15 minutes pour les 5 prochains jours, même tes ride de bus sont écrites.
Tu l'sais que tu peux pas arriver, mais comme c'est d'ta faute, tu peux pas trop chialer.
Tu t'contentes de sacrer dans ta tête.
T'as même récité le Je Vous Salue Marie. Tu le sais ben, que ta paroisse peut rien pour toé.
*
De toutes façons, c'est la 1000ième session que ça arrive.
Le ptit Jésus doit être écoeuré d'moé.
Osti, j'me dompterai jamais.
Libellés :
prières et religion.
pardon
De ma quasi-absence cybernétique.
Je suis en fin de session et j'ai une nouvelle job.
Avez toutes les heures que j'ai passé à ne pas faire grand chose, mes prochains 72 heures seront d'un ennui mortel. Je m'en sortirai probablement avec une bouteille de Tylenol et une nouvelle canne de Maxwell House.
Mais le fait est, que je braquais volontiers un dépanneur, pis je crisserais tout ça là, m'envolerais vers l'Islande, me saoulerais jusqu'à parler l'islandais.
Bref, je déteste le cours de mes jours.
Dites-moi que ça s'arrangera avec le temps.
Je suis en fin de session et j'ai une nouvelle job.
Avez toutes les heures que j'ai passé à ne pas faire grand chose, mes prochains 72 heures seront d'un ennui mortel. Je m'en sortirai probablement avec une bouteille de Tylenol et une nouvelle canne de Maxwell House.
Mais le fait est, que je braquais volontiers un dépanneur, pis je crisserais tout ça là, m'envolerais vers l'Islande, me saoulerais jusqu'à parler l'islandais.
Bref, je déteste le cours de mes jours.
Dites-moi que ça s'arrangera avec le temps.
Libellés :
câliss de tbnk
lundi 3 décembre 2007
Cheveux
«T’es un malade, Jérémie» j’avais dit à mon voisin.
J’avais quand même suivi son pas de course.
Il était en short de sport, avait un t-shirt marine avec une inscription turquoise, un logo d’usine de pâte et papier. Le genre de t-shirt que l’on gagne dans un souper d’employés, son père devait travailler à l’usine qui pue.
Sous le soleil d’un juillet chaud, les cheveux de Jérémie étaient devenus très pâles et je pensai que c’était beau avec les couleurs des arbres cet été là. Dans mes souvenirs, les images ont toujours un éclairage différent, une teinte propre à chaque personne, à chaque époque.
Quand je pense à ma mère alors que je n’étais pas encore née, les images que je m’invente à partir des photos que j’ai vues d’elle et des histoires qu’elle m’a racontées, sont un peu tamisées comme si on avait réglé l’éclairage pour un souper d'amoureux. 1978, l’orangé de sa première voiture, la palette terre de son maquillage et le doré de ses cheveux.
Si je pense au moment où mes grands-parents sont tombés amoureux, jeunes dans une Gaspésie 1947, je les imagine dans leurs grandes maisons familiales, s’affairant tous deux aux besognes nécessaires à la vie de leur temps. Un fleuve, une forêt, du vent, la lumière du jour est un peu ennuagée. C’est qu’au large, il y a de la brume. Il devait faire frais dehors, le jour où Irène et Albert sont tombés amoureux.
En 1990, mes souvenirs sont clairs, quoique un peu rougis par la couleur des nuages dans le ciel, quand le soleil avait décidé qu’il nous avait assez vu jouer. Mon voisin courait, il avait piqué des allumettes à sa mère. Je haletais derrière lui, essayant de le rattraper. Avec ses longues jambes, il courait beaucoup plus vite que moi. Quant à moi, je n’ai jamais manqué de voix.
Sur la piste de l’aéroport abandonnée, on pouvait entendre le bruit sourd des moto cross et moi, de m’époumoner : «Attends-moi, Jérémiiiiiiiiiiiiie». J’étais contente, on avait semé nos petits frères, je souriais en courant. Celui qui me précédait avait décidé qu’on était assez loin, que là, personne ne pourrait nous voir. Nous étions en sécurité.
On s’est assis dans le sable humide. Dans ses mains, Jérémie tenait un carton d’allumettes qu’il avait visiblement comprimé au creux de sa main moite pendant notre course effrénée.
Je regardais le trésor, puis mon voisin.
Mais qu’est ce qu’il voulait que l’on fasse avec cela? J’avais peur mais j’étais si énervée d’être seule avec lui.
Bien sûr, jamais je ne lui laissai le voir.
Il regarda mes cheveux. Ma mère m’avait gaufré la tignasse le dimanche d’avant, c’était notre rituel. Mon père disait que je ressemblais à une lasagne. Ça me faisais rire. Mes cheveux étaient attachés à la nuque par un élastique blanc et la couette tombait jusqu’au milieu de mon dos.
«Je pourrais te brûler les cheveux avec ça» m’avait-il dit me brandissant le carton d’allumettes roulé sous le nez.
Je me suis imaginé la tête en flammes au fond des bois et j’ai soudainement eu très envie de retourner chez moi. En éclatant de rire, Jérémie m’avait embrassé sur l’œil.
Un baiser court mais fort qui m’avait laissé la paupière mouillée.
J’avais quand même suivi son pas de course.
Il était en short de sport, avait un t-shirt marine avec une inscription turquoise, un logo d’usine de pâte et papier. Le genre de t-shirt que l’on gagne dans un souper d’employés, son père devait travailler à l’usine qui pue.
Sous le soleil d’un juillet chaud, les cheveux de Jérémie étaient devenus très pâles et je pensai que c’était beau avec les couleurs des arbres cet été là. Dans mes souvenirs, les images ont toujours un éclairage différent, une teinte propre à chaque personne, à chaque époque.
Quand je pense à ma mère alors que je n’étais pas encore née, les images que je m’invente à partir des photos que j’ai vues d’elle et des histoires qu’elle m’a racontées, sont un peu tamisées comme si on avait réglé l’éclairage pour un souper d'amoureux. 1978, l’orangé de sa première voiture, la palette terre de son maquillage et le doré de ses cheveux.
Si je pense au moment où mes grands-parents sont tombés amoureux, jeunes dans une Gaspésie 1947, je les imagine dans leurs grandes maisons familiales, s’affairant tous deux aux besognes nécessaires à la vie de leur temps. Un fleuve, une forêt, du vent, la lumière du jour est un peu ennuagée. C’est qu’au large, il y a de la brume. Il devait faire frais dehors, le jour où Irène et Albert sont tombés amoureux.
En 1990, mes souvenirs sont clairs, quoique un peu rougis par la couleur des nuages dans le ciel, quand le soleil avait décidé qu’il nous avait assez vu jouer. Mon voisin courait, il avait piqué des allumettes à sa mère. Je haletais derrière lui, essayant de le rattraper. Avec ses longues jambes, il courait beaucoup plus vite que moi. Quant à moi, je n’ai jamais manqué de voix.
Sur la piste de l’aéroport abandonnée, on pouvait entendre le bruit sourd des moto cross et moi, de m’époumoner : «Attends-moi, Jérémiiiiiiiiiiiiie». J’étais contente, on avait semé nos petits frères, je souriais en courant. Celui qui me précédait avait décidé qu’on était assez loin, que là, personne ne pourrait nous voir. Nous étions en sécurité.
On s’est assis dans le sable humide. Dans ses mains, Jérémie tenait un carton d’allumettes qu’il avait visiblement comprimé au creux de sa main moite pendant notre course effrénée.
Je regardais le trésor, puis mon voisin.
Mais qu’est ce qu’il voulait que l’on fasse avec cela? J’avais peur mais j’étais si énervée d’être seule avec lui.
Bien sûr, jamais je ne lui laissai le voir.
Il regarda mes cheveux. Ma mère m’avait gaufré la tignasse le dimanche d’avant, c’était notre rituel. Mon père disait que je ressemblais à une lasagne. Ça me faisais rire. Mes cheveux étaient attachés à la nuque par un élastique blanc et la couette tombait jusqu’au milieu de mon dos.
«Je pourrais te brûler les cheveux avec ça» m’avait-il dit me brandissant le carton d’allumettes roulé sous le nez.
Je me suis imaginé la tête en flammes au fond des bois et j’ai soudainement eu très envie de retourner chez moi. En éclatant de rire, Jérémie m’avait embrassé sur l’œil.
Un baiser court mais fort qui m’avait laissé la paupière mouillée.
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